PROTHESE MODERNE ET CHIRURGIE MINI INVASIVE

PROTHÈSE MODERNE ET CHIRURGIE MINI INVASIVE

Les données publiées dans le Bone and Joint Decade montrent que les maladies de l’appareil locomoteur représente 50% des maladies chroniques chez les plus de 65 ans. Elles sont la cause la plus fréquente des pathologies à fort potentiel de handicap .

Qui dit arthrose de hanche ou de genou dit souvent chirurgie. La chirurgie n’est pas forcement indispensable mais elle prend de plus en plus d’ampleur pour régler ces problèmes.

Sur environ 700 000 procédures effectuées chaque année en Europe, en fait, plus de cent mille (130 000) concernent notre pays la France. Nous sommes surpassé seulement par l’Allemagne (250.000) et nous précédons l’Italie (100.000), le Royaume-Uni (90 000) et l’Espagne (70 000).
Les prothèses actuelles sont issues de recherche très pointue en biomécanique. Elles permettent de retrouver le mouvement que l’arthrose avait détruit et dans le même temps, elles sont capables de résister efficacement à l’usure. La durabilité ce ces nouveaux implants et la satisfaction qu’elles procurent à nos patients nous incite, quand c’est utile, à proposer ces solutions prothétiques même chez des personnes actives et faisant du sport.

Si les prothèses ont fait de gros progrès dans tous les domaines, il reste cependant à les implanter dans le corps humain et c’est un domaine ou l’art du chirurgien est essentiel. L’acte chirurgical doit être respectueux des structures tissulaires : les muscles, les ligaments mais aussi l’os et ca n’est pas toujours facile.

Pendant longtemps les chirurgiens se sont surtout focaliser sur l’os. Quoi de plus naturel pour un chirurgien orthopédique que de se focaliser sur l’os. L’os c’est ce qui se voit sur la radio que nous donnons à nos patients à leur sortie. Ce que nous faisons sur les muscles et les ligaments dans votre articulation disparaît une fois les points de suture posés sur la peau ! Sur une radio, on voit bien la prothèse, le fémur ou le tibia. On peut calculer des axes et des angles. Dans les congrès, on montre de belles radios, pas de beaux patients. Avec l’arrivée du multimédia et la possibilité de faire de petits films, on a commencé à montrer de beaux patients mais même aujourd’hui les résultats de la plupart des publications scientifiques se jugent sur les radiographies. L’arrivée des scores fonctionnels est quelque chose d’assez nouveau. Les patients se moquent des radios mais par contre la fonction et la douleur, ils sont bien capables d’en parler…

L’art du chirurgien c’est de savoir choisir un bon implant et d’effectuer ensuite la chirurgie la moins agressive possible, la bonne voie d’abord.
Pendant longtemps, La voie d’abord, c’est à dire la manière de rentrer dans l’articulation était presque secondaire. La formule classique était : droit a l’os. Une fois sur l’os, on ne risque plus rien : plus de nerf, de muscles ou de ligaments. Quelques écarteurs judicieusement placés et tout cela disparaissaient. On était enfin sur l’os. Le vrai travail de l’orthopédiste pouvait commencer.
J’ai toujours trouvé cette façon de procéder étrange et quelque part illogique. L’os est certes ce qui nous intéresse et ce sur quoi nous devons au final travailler mais ce qui entoure l’os est aussi ce qui permet à l’os de vivre, de bouger. L’os n’assure que le soutien. La fonction et les douleurs, ce sont les muscles, les ligaments et les nerfs. Les respecter permet d’obtenir vraiment la fonction souhaitée. Ce que veulent nos patients c’est d’abord une bonne fonction et la disparition des douleurs.

Cette idée d’être beaucoup respectueux de ce que nous appelons les « parties molles » est devenu pour moi la pierre angulaire de ma chirurgie. C’est une obsession, c’est un leitmotiv ! Combien de fois ai je vu de belles radios avec des résultats improbables. Sans muscle, sans ligament, il ne faut pas rêver, il n’y a pas de bons résultats. Le patient regarde son genou qui ne plient pas, son gros genou tout rouge et douloureux, le « mauvais » chirurgien regardent les radios avec un quelquefois un sourire de contentement de mauvais augure… Les patients ne se promènent pas avec leur radio en disant : regardez comme ma radio est belle ! Un patient qui va bien est un patient qui a oublié le nom de son chirurgien ! (enfin presque)

Par conséquent, le respect des muscles et parties molles se distingue comme un choix évident : la seule façon d’assurer la meilleure fonction. Bien sur il a fallu donner un nom a ces nouvelles façon de procéder. Avant on faisait une chirurgie soigneuse et respectueuse mais maintenant, on fait du Mini invasif ! C’est le mot à la mode !
La chirurgie mini invasive ou en anglais la « TISSUE SPARING SURGERY » a été décrit pour la première fois en 1987 par John Wickham dans le « British Medical Journal »:  » Quand il y a un minimum de dommages des tissus biologiques au point d’entrée de l’instrument , la procédure est appelée mini invasive.  »

Il n’y a donc pas si longtemps qu’au delà du travail sur l’articulation, le respect des parties molles (je devrais dire parties nobles) est admis par certains chirurgiens orthopédistes. Nous allons donc vous expliquer comment nous obtenons tous cela.1

[1] Woolf AD. The Bone and Joint Decade 2000-2010. Ann Rheum Dis 2000;59:81-2